Chapitre 5 : « Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage »

 Chapitre 5 : « Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage »

« Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage ». Tels sont les mots que je me répétais, la prière entre les mains. 

Je l’avais trouvée, mise à disposition, dans la chapelle. Je ne pris pas garde au fait que c’était la saint Joseph. Elle était là pour moi. 

Des rayons de soleil traversaient la terrasse sur laquelle je me tenais. 

Je psalmodiais à voix basse. 

 

J’avais téléphoné à la secrétaire et elle m’avait répondu qu’il fallait que je passe au cabinet. 

Pour moi, c’était le code : « passer au cabinet » signifiait : « on ne peut pas vous l’annoncer au téléphone ». Les résultats de la biopsie ne seraient pas bons. C’était plié. 

« Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage ». Il me restait une heure de cours avant de m’y rendre. 

 

« Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage ». Dans la salle d’attente de ma gynécologue. J’essayais de garder contenance en me raccrochant à l’avenir, à mon devoir : pour des élèves, il fallait que je prépare un texte à contracter. J’en avais un sous les yeux, dont je comptais les mots. Soixante-trois, soixante-quatre. J’ai un peu peur. Soixante-cinq. Je regarde autour de moi : une femme enceinte. Soixante-six. Elle est là, elle, pour la bonne cause. Soixante-sept. Le cœur me bat un peu. Soixante-huit. C’est comme dans les films et cette fois c’est à mon tour de jouer. 

 

Précisément, jouer, c’est ce que j’ai proposé à Saint Joseph, et tant qu’à faire, à toute la Sainte Famille. Ils étaient là, assis sur les chaises vides autour de moi, parmi les patientes, et je leur suggérai une petite partie de cartes. Je me sentis moins seule.

Quand la gynécologue sortit pour appeler une autre patiente, je scrutai son visage. J’essayais de l’interpréter. Est-ce qu’elle m’avait vue ? Qu’est-ce que présageait, là, sa physionomie ?

Était-elle en train d’appréhender le moment où elle devrait me l’annoncer ? Se demandait-t-elle quels mots elle emploierait ? Est-ce que ma présence obscurcissait un peu son après-midi ?

Elle revint ; cette fois c’est moi qui fus appelée, moi qui n’avais pas rendez-vous mais à qui on avait octroyé une place entre deux patientes… Je me demandais ce qui se passait dans sa tête et j’étais certaine de savoir, avant même qu’elle ne me le dise, si c’était ou non un cancer. 

« J’ai reçu les résultats de votre biopsie », dit-elle, encore debout, contournant les sièges pour accéder à son bureau. C’était fichu. C’était froid comme dans un film, et à l’écrire j’ai encore le cœur qui me bat. 

« Vous avez un cancer ». Opération. Peut-être de la chimiothérapie. La feuille de biopsie sous les yeux, des chiffres qui dansent, chiffres romains, chiffres arabes, pourcentage, taux de reproduction. J’y lance un regard distant. 

« Et… Vous pouvez m’en dire plus ? »

Elle me montre le dosage hormonal : « On n’aime pas trop quand… »

 

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